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Interprétations de And Then There Was Silence

Résumé

Il faut rappeler l'histoire de la guerre de Troie elle-même pour bien comprendre toutes les références de la chanson. Et il faut partir de très loin !

  • La naissance de Pâris :

Hécube, reine de Troie, met au monde un fils, Alexandre. Mais les devins, révèlent à son mari, le roi Priam, que son fils apportera la ruine à la ville. Priam décide donc d'abandonner l'enfant dans la montagne. Il est recueilli par des bergers, qui le nomment Pâris.

  • Cassandre, le personnage central :

Parmi ceux qui prédisent la fin de la ville à la naissance d'Alexandre se trouve Cassandre, fille de Priam et d'Hécube. C'est un personnage important pour la chanson, puisqu'elle est le seul personnage cité ! Elle a reçu d'Apollon le pouvoir de prédire l'avenir. Mais comme elle a refusé les avances du dieu, celui-ci, pour se venger, l'a condamnée à n'être jamais crue pour ses prédictions.

  • La querelle des déesses :

Furieuse de ne pas avoir invitée, comme les autres dieux et déesses, au mariage de Thétis et Pélée (les parents d'Achille), Eris, déesse de la discorde, décide de se venger. Elle jette une pomme d'or au milieu des Dieux assemblés pour le banquet. Sur la pomme est écrit "Pour la plus belle". Un conflit éclate alors entre Athéna, Héra et Aphrodite, qui toutes les trois revendiquent la pomme. Zeus leur propose, pour les départager, d'aller voir le jeune berger Pâris, qui a été élevé dans l'ignorance des dieux, et sera donc un juge impartial.

  • Le jugement de Pâris :

Les trois déesses se présentent donc à Pâris, et, afin de recevoir le titre de "la plus belle", tentent de le soudoyer. Athéna lui promet la victoire à la guerre, Héra le pouvoir, et Aphrodite l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène. Pâris choisit l'amour, et offre donc la pomme à Aphrodite.

  • La reconnaissance d'Alexandre :

Pâris se présente à des jeux organisés à Troie. Il en sort vainqueur, et se fait reconnaître comme Alexandre. Priam, son père, l'envoie en ambassade à Sparte, malgré les avertissements de Cassandre.

  • L'enlèvement d'Hélène :

A Sparte, Pâris est reçu par Ménélas, qui n'est autre que l'époux d'Hélène. Pâris bafoue les règles d'hospitalité, et rentre à Troie, emmenant Hélène et une partie du trésor de Ménélas avec lui.

  • Les préparatifs de la guerre :

Ménélas se rend chez son frère, Agamemnon, le roi des Achéens (ensemble des peuples vivant dans la Grèce actuelle), et lui réclame justice. Agamemnon réunit autour de lui tous les rois Achéens (entre autres : Ajax, Ulysse, Achille ...) pour partir à l'assaut de Troie, et venger l'outrage fait à son frère Ménélas. Tous acceptent et se mettent en route, avec leurs guerriers et leurs armes respectives.

  • Chez les Troyens :

Cassandre annonce que laisser Pâris et Hélène entrer dans la ville causera sa perte. Ils entrent, malgré ses avertissements.

  • La guerre :

La guerre de Troie dure dix ans. Elle est assez compliquée à suivre. Les événements les plus importants ont lieu la dernière année, nous nous intéresserons donc plutôt à ceux-ci. En gras sont les éléments les plus utilisés dans la chanson.

Un conflit éclate entre Agamemnon et Achille. Achille ayant parlé un peu trop durement à Agamemnon, celui-ci, pour le punir, lui prend Briséis, une captive qu'avait reçue Achille comme butin. Dès lors, Achille, en colère, refuse de retourner au combat, et ordonne à ses hommes de faire de même. Sa mère, la déesse Thétis, demande à Zeus d'avantager les Troyens, pour que tous ressentent à quel point Achille est nécessaire (il est de loin le meilleur guerrier Achéen).

Les Troyens, menés par Hector, un des nombreux fils de Priam, sont victorieux face aux Achéens. Mais, alors que les Achéens sont près d'être battus, Patrocle, cousin et ami d'Achille, lui demande l'autorisation d'aller au combat, car il ne supporte pas de voir les Achéens au bord de la défaite.

Hector tue Patrocle. Achille, à l'annonce de la mort de son ami, oublie son ressentiment contre Agamemnon et ne songe plus qu'à venger son ami. Il repart au combat, et fait des ravages.

Achille tue Hector, et refuse de rendre son corps à sa famille, comme il est habituel lors des batailles. Il traîne le cadavre d'Hector autour de la tombe de Patrocle.

Priam, le père d'Hector, part seul au camp des Achéens réclamer le corps de son fils. Achille, conseillé par les Dieux et impressionné par le courage du vieillard, lui rend le corps d'Hector.

Pâris tue Achille, aidé par Apollon. Ulysse trouve l'idée du cheval de Troie. Il s'agit d'un grand cheval de bois, dans lequel se cachent des guerriers achéens. Les Troyens, au matin, ne voient plus les Achéens, et un Achéen qu'ils ont capturé leur affirme que les Achéens sont rentrés chez eux et que le cheval est une offrande à Athéna, qu'ils doivent faire rentrer dans la ville. Les Troyens obéissent. Cassandre tente de les en dissuader, mais personne ne l'écoute.

A la nuit, les Achéens sortent du cheval, ouvrent les portes de la ville, et massacrent tous les habitants. Les femmes sont amenées en esclavage, la ville est pillée et brûlée.

Enée, Troyen survivant, réussit à s'échapper avec sa famille. Il sera le fondateur de Rome.

Analyse

Nous pouvons passer à l'analyse proprement dite, en suivant les paroles.

Troie en flammes

Turn your head and see the fields of flames

L'image des champs de feu fait référence probablement aux champs de batailles. La chanson s'ouvre en réalité sur la fin de l'histoire : Troie en proie aux flammes. On ne sait pas vraiment qui parle. Un des Troyens assistant à la destruction de la ville ? Un Achéen ? Un dieu ?

L'enlèvement d'Hélène

He carries along
From a distant place
He's on his way
He'll bring decay
(Don't move along
'Cause things they will go wrong
The end is getting closer day by day)

Le "he" fait référence à Pâris, qui rentre de Sparte ("a distant place") à Troie en emmenant avec lui Hélène, la cause de la guerre ("he'll bring decay"). C'est l'événement déclencheur de la guerre. On passe donc de la fin de l'histoire au tout début. Le fait que les événements soient ici annoncés peut faire penser que la narratrice est Cassandre, qui sait, dès le retour de Pâris, que Troie est condamnée à tomber, et tente, en vain, d'en avertir les autres.

In shades of grey
We're doomed to face the night
Light's out of sight

Le "we" représente les Troyens. Ils ont conscience que leur avenir est la mort, représentée par la nuit. Leur absence d'espoir face au destin inéluctable est figurée par la lumière qu'ils ne peuvent voir.

Since we've reached the point of no return
We pray for the starlight we wait for the moon
The sky is empty
Alone in the unknown
We're getting nowhere

Le point de non-retour est d'avoir accepté que Pâris et Hélène rentrent dans la ville : à partir de là, la guerre ne peut pas ne pas avoir lieu. Le fait que les Troyens attendent la nuit ("starlight", "moon") est dû au fait que l'on ne combat pas la nuit. Ils attendent donc la nuit comme un répit, avant la défaite à venir. Le ciel vide ("sky is empty") est sans-doute une référence aux dieux, de même que leur sentiment d'abandon ("alone in the unknown"). Les Troyens, comme les Achéens, ont des dieux de leur côté (Apollon, Aphrodite, Hermès) mais le destin de Troie est de tomber, et même les dieux ne peuvent rien contre le destin. Les Troyens condamnés se sentent donc abandonnés des dieux.

We have been betrayed
By the wind and the rain

Peut-être est-il fait référence ici encore aux Dieux, représentés par les forces naturelles, qui ont trahi les Troyens. Peut-être aussi peut-on voir un reproche aux dieux d'avoir amené les bateaux des Achéens jusqu'à Troie, et de ne pas les avoir retenus par une tempête.

The sacred hall's empty and cold

Une statue d'Athéna, dans un temple de Troie, a été dérobée par des Achéens (Ajax et Ulysse), qui se sont introduits dans la ville. C'est une image qui illustre très bien le fait que les Dieux ont déserté, au propre comme au figuré, la ville.

The sacrifice made
Should not be done in vain
Revenge will be taken by Rome

Le sacrifice, c'est à dire la chute de Troie, ne sera pas vain, puisque l'un de ses habitants, Enée, arrivera dans le Latium, où il sera le fondateur de Rome. Et Rome colonisera toute la Méditerranée, dont la Grèce, d'où viennent les Achéens ! Troie aura donc sa tardive revanche.

We live a lie
Under the dying moon
Pale-faced laughs doom
Indulges in delight

Les Troyens, à la fin de la nuit ("dying moon") sentent bien la fin approcher. La mort et la destruction sont symbolisées par le brouillard ("doom"), qui se réjouit de leur fin.

It's getting out of hand
The final curtain will fall

Les Troyens expriment leur désespoir. L'apparition du rideau ("curtain") est intéressante. Elle est évidemment anachronique, mais elle montre que les narrateurs ont parfaitement conscience que leur histoire n'est pas qu'une histoire, mais qu'elle est un mythe, un véritable spectacle, qui sera mis en musique, joué, récrit ...

Hear my voice
There is no choice
There's no way out
You'll find out

Ce passage peut s'appliquer à de nombreux événements. Étant donné que l'on évoque plus loin la mort d'Hector, il est possible que ce passage lui annonce sa mort, à laquelle il ne peut échapper.

We don't regret it
So many men have failed
But now he's gone
Go out and get it
The madman's head it
Shall be thyne
We don't regret it
That someone else dies hidden in disguise
Go out and get it
Orion's hound shines bright

Ici, les références ne sont pas claires. Mais on peut penser qu'on est revenus à un épisode très important, car c'est le premier pas vers la chute de Troie, la mort d'Hector. Achille était en train de massacrer des Troyens ("so many men have failed") puis, berné par Apollon, il est entraîné loin de Troie ("he's gone"), ce qui permet aux autres Troyens d'aller s'abriter à l'intérieur de la ville. Seul, Hector attend devant les portes le retour d'Achille pour le défier. On peut penser qu'il s'agit ici des Troyens qui exhortent Hector à sortir ("go out and get it") pour affronter Achille, qui serait le fou ("madman"), puisqu'effectivement Achille est furieux et avide de vengeance. Dans l'Iliade, Achille qui accourt vers Troie est comparé au chien d'Orion, Sirius. Sirius est l'étoile de la canicule et de la mort. Le fait que le chien d'Orion brille est donc présage des malheurs qui vont commencer pour Troie, avec la mort d'Hector.

Le seul problème est la phrase "That someone else dies hidden in (disguise)" qui ne correspond à rien de ce que je connais, ainsi que le fait que dans le récit original, les seuls Troyens à s'adresser à Hector sont ses parents, qui le supplient de rentrer, pour ne pas mourir de la main d'Hector. Cependant, on peut tout à fait imaginer que si ses parents lui conseillent de rentrer, tous les Troyens au contraire n'ont qu'une envie : qu'Hector les protège encore une fois, et qu'il sorte tuer Achille.

Don't you think it's time to stop the chase
Around the ring
Just stop running, running
Round the ring
Don't you know that fate has been decided by the gods
Feel the distance, distance
Out of reach

Ce passage est plus clair. Quand Achille revient vers Troie et veut défier Hector, celui-ci oublie sa vaillance et fuit. Achille le poursuit, et tous les deux font trois fois le tour de la ville. Ces mots seraient ceux d'Achille, qui veut que son adversaire arrête de fuir, pour le combattre face à face. Il invite Hector à se souvenir que son destin est de mourir de sa main, et à bien sentir qu'il ne peut trouver refuge dans la ville ("Feel the distance, distance, out of reach") : en effet, chaque fois qu'il essaye d'y retourner, Achille lui coupe la route. Hector, en entamant le quatrième tour, décide finalement d'affronter Achille.

Welcome to the end
Watch your step, Cassandra
You may fall
As I've stumbled on the field
Find myself in darkest places
Sister mine
Find myself drifting away
Death's a certain thing
And the other world
The other world appears

Le "sister mine" invite à voir Hector comme celui qui prononce ces paroles, puisqu'il est le frère de Cassandre. Il évoque la mort, qui l'a si souvent frôlé sur les champs de bataille ("as I've stumbled on the fields, find myself in darkest places") qui vient le prendre, alors qu'Achille lui a donné un coup d'épée mortel ("the other world appears"). La référence à Cassandre qui manquerait de tomber est assez énigmatique. On sait qu'Hansi semble éprouver un intérêt particulier pour Cassandre (elle est aussi évoquée dans Under The Ice, sur le même album), il fait donc parler Hector en frère protecteur, qui ne veut pas que sa soeur trébuche en constatant que son frère vient de mourir devant la ville. Il lui demande la dignité, du courage, même dans les moments les plus désespérés. Tous les Troyens, à l'image de Cassandre, se doivent de rester héroïques, même dans l'adversité.

Charon

Find myself she dies in vain

I cannot be freed
I'm falling down
As time runs faster
Moves towards disaster
The ferryman will wait for you
My dear

Hector continue de raconter son agonie ("I'm falling down") et il pressent la fin de la ville ("time moves towards disaster"). Le "ferryman" est Charon, qui emmène les âmes des morts aux Enfers sur sa barque, qui traverse le Styx. En revanche, la personne qu'il interpelle "my dear", celle qui doit mourir "she dies in vain" est plus énigmatique. Il peut s'agir de Cassandre, d'Andromaque (la femme d'Hector), d'Hécube (sa mère)... Mais le problème est qu'elles ne meurent pas dans la prise de la ville, mais sont toutes les trois réduites en esclavage. Peut-être ce "she" est une allégorie de la ville de Troie.

And then there was silence
Just a voice from the other world
Like a leaf in an icy world
Memories will fade

Et voici la fameuse phrase-titre ! On peut penser qu'il s'agit de la mort d'Hector, qui répand un silence glacé sur tout le rempart de Troie, puisqu'il était son principal protecteur. La voix d'un autre monde peut être la voix du destin : la mort d'Hector fait comprendre à tous les Troyens que la chute de leur ville est annoncée. La mort des souvenirs ("memories will fade") est importante, puisque l'Iliade et l'Odyssée sont les plus vieux poèmes existants, et qu'ils viennent de la culture orale. Si les Troyens n'ont pas de descendants, et pas de poètes pour chanter la chute de leur ville, leur mémoire va s'éteindre avec eux. De fait, ce n'est pas ce qu'il s'est passé.

Misty tales and Poems lost
All the bliss and beauty will be gone

La référence à la littérature orale et populaire, contes et poèmes, est ici explicite. La beauté de la ville sera détruite, mais la beauté de sa chute restera dans les poèmes et les légendes.

Will my weary soul find release for a while
At the moment of death I will smile
It's the triumph of shame and disease

C'est toujours Hector qui parle, mais cela peut s'appliquer à tous les habitants de la ville. A la honte et au déshonneur de la défaite ("shame and disease") le sentiment du devoir accompli, et le fait qu'ils ont lutté jusqu'au bout fait qu'ils meurent satisfaits ("release", "I will smile").

In the end
Iliad
Raise my hands and praise the day
Break the spell show me the way
In decay
The flame of Troy will shine bright

L'image de Troie en flamme confirme l'idée précédente. Si Troie est vaincue ("in decay") sa flamme est brillante, elle a quelque-chose de noble, de beau. La mort héroïque, car elle est acceptée, délivre les Troyens, ils vont trouver la voie ("show me the way"), et même si la voie est la mort, la malédiction et les souffrances prendront fin ("break the spell"). Il faut donc rester fier et confiant, et accepter son destin avec joie ("raise my hands and praise the day").

The newborn child will carry ruin to the hall
The newborn's death would be a blessing to us all

On revient ici à l'origine de la guerre, à savoir la naissance de Pâris, l'enfant maudit. Les paroles sont explicites, relisez simplement le résumé.

Le jugement de Pâris

Good choice?
Bad choice?
Out of three
You've chosen misery

Power and wisdom
You deny
Bad choice

War is the only answer
When love will conquer fear

So the judgement's been made to the fairest
The graceful says badly he fails

Ces paroles aussi sont explicites, elles racontent le jugement de Pâris. Celui-ci est appelé "the graceful", et en effet, dans l'Iliade, il a souvent l'épithète "beau comme un dieu", et, de manière plus générale, c'est sa beauté presque féminine qui caractérise Pâris (ce n'est pas pour rien qu'il est joué par Orlando Bloom dans le film). Il a refusé le pouvoir et la force (Héra et Athéna) pour choisir l'amour (Aphrodite, la plus belle "the fairest"). Mais l'amour d'Hélène mène à la guerre ("war is the only answer"). Finalement, le jugement qu'il devait rendre était piégé : il pouvait choisir n'importe-quelle déesse, il vexerait forcément les deux autres. Il n'y avait donc ni bon ni mauvais choix, tous mènent à la douleur ("out of three you've chosen misery").

Warning
Fear the heat of passion, father king
Don't let him in
Don't let her in
Desire, lust, obsession
Death they'll bring
We can't get out
Once they are in

Ici Cassandre, fille du roi Priam, avertit son père du danger qu'il y a à faire rentrer Pâris et Hélène à Troie. Ils représentent l'amour luxurieux (puisqu'Hélène est adultère), et s'ils rentrent, ce sera la guerre. Les Troyens seront assiégés et ne pourront plus sortir ("we can't get out once they are in").

She's like the sunrise
Outshines the moon at night
Precious like starlight
She will bring in a murderous price

C'est un éloge de la beauté d'Hélène. Dans l'Iliade, un vieillard posté sur le rempart comprend aussitôt, en voyant la beauté d'Hélène qui s'approche, qu'on puisse se livrer une guerre pour elle. La beauté s'oppose aux atrocités qui vont êtres commises pour elle ("murderous price"). Aux avertissements de Cassandre, un peu avant, s'opposent les Troyens, tous subjugués par la beauté d'Hélène : ils acceptent alors de faire rentrer Pâris et Hélène dans les murs de la ville.

In darkness grows the seed of man's defeat
Jealousy
I can clearly see the end now
I can clearly see the end now
I can clearly see the end now

On trouve ici un lien entre les raisons de la guerre exposées plus haut ("jealousy") et le destin à venir ("I can clearly see the end now"). Tout s'enchaîne, sans recours. Priam lui-même dit à Hélène qu'il ne lui en veut pas, puisque c'est le destin qui voulait que tout se passe ainsi. Celle qui voit la fin peut être Cassandre.

The thread of life is spun
The coin's been placed below my tongue

Deux références mythologiques. Pour les Grecs, chaque mortel a un destin que l'on file à sa naissance. Ce sont les Parques qui le filent et qui le coupent à la fin de la vie, et on ne peut en aucune façon échapper à son destin. On mettait sur la langue des morts une pièce, afin qu'ils puissent payer le passeur (Charon, cf plus haut). Ces deux allusions au destin et à la mort montrent que le sort de Troie est déjà décidé.

Never give up
Never give in
Be on our side
So we can win
Never give up
Never give in
Be on our side
Old moon's time is soon to come

Cependant, face au funeste destin, les Troyens ne doivent pas rester inactifs. Ils doivent se battre tous ensemble, pour mourir en héros. La prédestination ne doit pas être un prétexte pour se laisser aller : au contraire, il faut accepter son destin, mais ne jamais rien lâcher.

Nowhere to run
Nowhere to hide
Nothing to lose
Like one we'll stand
We'll face the storm
Created by a man

Enfermés derrière leurs remparts ("nowhere to run, nowhere to hide"), les Troyens vont donc supporter de leur mieux l'épreuve qu'ils subissent à cause de Pâris, qui a ramené cet orage sous leurs murs ("we'll face the storm created by a man"). C'est donc un sursaut, l'énergie du désespoir, même après la mort d'Hector.

Roar Roar Roar Roar
Troy Troy Troy Troy

And as the lion
Slaughters man
I am the wolf
And you're the lamb

Cette partie est très intéressante, car l'Iliade est remplie de comparaisons avec des lions, des loups et des agneaux ! Le lion est le symbole de la force, du courage, mais aussi de la folie furieuse et irrationnelle. Les héros dans l'Iliade sont souvent comparés à des lions. Troie, dans son désespoir, va donc lutter, et s'imagine déjà vainqueur, pour se stimuler, comme le loup dévorant l'agneau.

Hallowed Troy will fall
Round the walls
Faith is shattered, bodies fall

Nowhere to run
Nowhere to hide
Nothing to lose
Like one we'll stand
It's all for one and
One for
All
We live for will be wiped out

Les Troyens donc, en pleine connaissance de leur destin, prédisent la chute de la ville ("Troy will fall"), le désespoir ("faith is shattered"), le carnage ("bodies fall"). Mais cela ne les empêchera pas de se battre, et leur seule raison de vivre est donc d'attendre la mort ("we live for will be wiped out").

I feel that something's wrong
Surprise, surprise they're gone

Full moon your time goes by
And new moon's still kept out of sight
We live we die

Mais alors que les Troyens sont résignés à mourir bravement, un événement inattendu se produit : les Achéens ont levé le camp. La nouvelle lune qui devait se lever sur leur chute est toujours cachée. Leur joie et tout ce qu'implique ce départ est exprimé dans l'expression très simple "we live".

Misty tales and Poems lost
All the bliss and beauty will be gone

Will my weary soul find release for a while
At the moment of death I will smile
It's the triumph of shame and disease
In the end
Iliad

Raise my hands and praise the day
Break the spell show me the way
In decay
The flame of Troy will shine bright

Le refrain, qui évoque la chute de la ville, vient tout de suite anéantir le sentiment d'espoir des paroles précédentes.

Roam in darkness
Spread the vision
We will be lost if you truly believe
Troy in darkness
There's a cold emptiness in our hearts
That they've gone away
And won't come back

Alors que Troie devrait se réjouir du départ de l'ennemi, une voix tente d'avertir les Troyens ("we will be lost if you truly believe that they've gone away"). Il s'agit de celle de Cassandre, une des rares à ne pas vouloir que l'on fasse rentrer le cheval dans Troie. Mais comme le destin de Cassandre est de parler sans être jamais crue, ses avertissements ne servent à rien.

They'll tear down the wall to bring it in
They'll truly believe in the lie, lie, lie

Le cheval est trop grand pour rentrer par la porte : on détruit donc les murs. Ce ne sont plus les Troyens qui parlent, mais une voix extérieure ("they", et pas "we"), peut-être Cassandre. Les Troyens sont complètement piégés par la ruse du cheval.

With blossoms they'll welcome
The old foe

Ironie du sort ! Ils se réjouissent de voir l'ennemi entrer dans leurs murs.

The vision's so clear
When day and dream unite
The end is near
You better be prepared

Derrière la joie des Troyens, le narrateur (Cassandre ?) continue à les avertir. Leur rêve ("dream"), c'est à dire la fin de la guerre est devenu réalité puisqu'il s'est mêlé au jour ("day and dream unite"). C'est donc là qu'il faut être le plus méfiant !

The nightmare shall be over now
There's nothing more to fear
Come join in our singing
And dance with us now
The nightmare shall be over now
There's nothing more to fear
The war it is over forevermore

Le passage le plus jouissif de la chanson. En contradiction totale avec les avertissements, le destin, la mort : la joie des Troyens qui croient à la fin de la guerre. Les paroles sont suffisamment claires.

No hope
The blind leads the blind
Carry on
Though future's denied

A la joie des Troyens s'oppose encore la voix supposée de Cassandre, qui, dans un sentiment de désespoir, puisque personne ne veut l'écouter, encourage les Troyens à continuer dans leur folie.

Mare or stallion
There's far more inside
We are in at the kill we'll cheerfully die

La voix décrit le cheval : qu'il représente un mâle ou une femelle ("mare or stallion") l'important est ce qu'il y a à l'intérieur (les guerriers). Et quand ce qui est à l'intérieur sera dévoilé, il ne restera, comme on l'a déjà vu, qu'à vendre chèrement sa peau ("we'll cheerfully die").

Misty tales and Poems lost
All the bliss and beauty will be gone

Will my weary soul find release for a while
At the moment of death I will smile
It's the triumph of shame and disease
In the end
Iliad

Raise my hands and praise the day
Break the spell show me the way
In decay
The flame of Troy will shine bright

A la fin du refrain, on assiste à la chute de Troie.

Holy light shines on

Cette phrase fait écho à la fin du refrain. La flamme sacrée, car elle l'est pour tous les habitants de la ville, brille toujours, comme pour montrer que sa chute restera dans les mémoires.

So the judgement's been made
We're condemned though the trial's far ahead

Le jugement est celui des dieux. Il répond, de manière ironique, à celui de Parîs : un mortel avait jugé des déesses. Cette fois-ci, les dieux ont jugé les mortels. Ce qui ressort de ces deux phrases est un fort sentiment d'injustice : les Troyens sont été condamnés par la folie d'un homme, sans pouvoir rien faire contre leur destin.

The crack of doom
Father
Your handsome son is heading home

On revient au début. Dès l'arrivée de Pâris ("handsome son"), les mauvais présages avaient averti Troie et son roi ("crack of doom") ...

Still the wind blows
Calm and silent
Carries news from a distant shore

Out of mind
Can't get it
Can't get it

Out of me head

Sorrow and defeat

Le vent souffle sur Troie dévastée, sur les cadavres, les captives, les débris fumants. Les rescapés, quels qu'ils soient (les femmes emmenées en esclavage, Enée...) ont toujours l'impression de sentir le vent de Troie souffler sur eux, et leur parler du désastre ("carries news from a distant shore"). Jamais ils ne pourront l'oublier.

Conclusion

La longueur et la complexité de l'histoire de la guerre de Troie sont admirablement rendues par cette chanson, et cela méritait bien un quart d'heure ! Deux points sont à noter sur cette relecture de la guerre de Troie par Blind Guardian. D'une part, l'importance de Cassandre, qui, (alors que dans l'oeuvre d'Homère, elle est plutôt effacée) est la seule à être nommée, et qui prononce une grande partie des paroles. Hansi a privilégié le personnage et le destin tragique de Cassandre, qui tente à maintes reprises d'avertir les Troyens qui l'ignorent. C'est donc la fatalité et l'impuissance qui sont tour à tour mises en valeur (d'où l'aspect incongru des "la la la la !", qui en réalité témoignent d'une vraie ironie tragique). D'autre part, le refrain choisit de rappeler le devenir de l'histoire de la chute de Troie, puisqu'elle sera racontée encore et encore, jusqu'à venir jusqu'à nous. On peut penser que le groupe revendique sa place, dans la continuité des auteurs qui ont raconté et récrit la chute de Troie, le tout premier récit épique. Et cette hypothèse n'est pas démenti par le fait que les membres du groupe se revendiquent comme des bardes : le barde, comme l'aède chez Homère, est celui qui chante et perpétue, par voix orale, les exploits des anciens temps. La route de Blind Guardian devait donc, à un moment ou à un autre, croiser celle de Troie.